Une envie ce matin de mettre un peu les choses au point ! Un besoin aussi de partager quelques historiettes qui illustreront bien, je l'espère, mon propos qui est le suivant : les enfants ont besoin de jouer, particulièrement aux jeux symboliques, chacun s'accorde à le dire, et pourtant on ne les laisse pas faire.

Comme le montre le collectif auteur de "Contre les jouets sexistes", à partir d'un certain âge, variable selon qu'il s'agit d'une fille ou d'un garçon, l'enfant ne se voit plus offrir de jouets par son entourage, car il est perçu comme trop grand pour ça. Cet âge se situe entre 9 et 12 ans en moyenne. Au-delà de 12 ans, on peut donc affirmer que le jeu symbolique n'est plus soutenu par la famille de l'enfant. Et pourtant, l'enfant cesse-t-il de jouer aux jeux symboliques à 12 ans au plus tard ?

La réponse est non, bien sûr, et plusieurs anecdotes viendront l'étayer. Par exemple celle de ma fille, 11 ans 1/2, qui a la chance de pouvoir parfois hanter la ludothèque quelques instants avant l'arrivée du public. Que fait-elle dans ces cas-là ? Elle joue aux poupées, les habillant et les coiffant. Elle joue à la dînette, elle organise le coin cuisine et le coin marchande, etc. ... On pourra dire qu'elle ne joue pas vraiment, pas comme les petites filles de 4 ans, mais si j'admets que c'est différent, je prétends pourtant qu'il s'agit bien de jeu, selon les critères établis par divers chercheurs, dont Roger Caillois dans son "Les jeux et les hommes" : le jeu est libre, réglé, gratuit, temporaire et fictif.

Autre époque, même histoire : alors que je proposais à une directrice d'école élémentaire d'une cinquantaine d'années de réintroduire le jeu symbolique dans son établissement, dans l'idée de ne plus provoquer cette cassure grave entre la maternelle et l'élémentaire, celle-ci convint avec moi de l'importance du jeu symbolique chez les enfants de la tranche d'âge 6-10 ans, et même beaucoup plus tard ! Elle m'avoua, plongeant dans ses souvenirs avec bonheur, qu'elle-même avait joué "très tard" à la poupée, bien après l'entrée au collège.

Dernière petite illustration :

petit_train_carla_violette

Eh oui. A 12 ans ou presque, il est encore bien agréable de jouer dans le petit train de l'école maternelle des frères et soeurs. On prend l'air un peu gêné quand une maman attendrie immortalise l'instant. Mais le jeu reprend de plus belle dès que l'objectif indiscret s'éloigne !

Le message que je voulais faire passer aujourd'hui, c'est : laissez les enfants jouer A CE QU'ILS VEULENT !!! Laissez les être des enfants encore longtemps ! Les jeux de société, qui font réfléchir, développent l'intelligence, bref, ont toutes les vertus, c'est super, mais ce n'est pas la seule manière de jouer. Le jeu est d'autant plus bénéfique qu'il est varié, riche, et surtout le jeu n'est jeu que lorsqu'il est choisi par l'enfant.

Crédit photo : Sophie M.