Mardi dernier, nous sommes allées visiter l'exposition consacrée aux 100 ans de Vilac, l'entreprise jurassienne spécialiste des jouets en bois. Cet événement se déroule dans la galerie des jouets du Musée des Arts Décoratifs, rue de Rivoli à Paris, jusqu'au 8 mai 2011.

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On y voit bien sûr tout un éventail de créations Vilac, on peut observer par exemple l'évolution des grenouilles à travers le temps. On y admire des pièces anciennes, notamment un très beau jeu de quilles du début du XXe siècle.

La deuxième salle de l'expo propose une sélection de jouets conçus par des artistes et designers pour Vilac. C'est là aussi que l'on peut suivre des reportages télévisés sur la conception et la fabrication des jouets en bois (très instructif) et sur l'évolution commerciale de l'enteprise Vilac (rapide et non daté, extrait d'un 20h de TF1). Le jeu sur écran proposé ne présente pas d'intérêt particulier.

Dans la dernière salle, la distinction entre jeux de filles et jeux de garçons nous a particulièrement déplu ! Elle correspond sûrement à la façon dont la marque gère ses différentes gammes, mais qu'en 2011 un musée et une scénographe acceptent de véhiculer ce type de cliché éculé et sexiste nous a paru vraiment choquant. La galerie des jouets du Musée des Arts Décoratifs n'est pas la Grande Récré ou Toys'R Us !!!

Les jouets issus des licences (Disney, Babar, Elmer, Barbapapa, Bécassine) sont également présentés. Il y en a de fort jolis, notamment ceux des Barbapapas car la plastique changeante à volonté de ces personnages leur permet vraiment de continuer à jouer leur jeu de transformations en s'incarnant dans des jouets.

Enfin, il faut signaler que nous avons cherché longuement des indications sur le lieu de fabrication des produits Vilac et cette exposition se garde bien d'évoquer le sujet dans la partie qui est immédiatement donnée à voir au public. Pourquoi ? Parce que le sujet est sensible et cadre bien mal avec l'image de marque de Vilac, le spécialiste du jouet en bois qui s'appuie sur les savoir-faire ancestraux du Jura ! En effet, l'information apparaît soudain au détour d'un paragraphe concernant la formidable expansion commerciale de Vilac au Japon, dans le catalogue de l'exposition. On y apprend incidemment que la production des jouets Vilac n'est assurée qu'à 50 % en France, le reste étant délocalisé en Europe et en Asie, sans plus de précision sur la répartition. On est loin de l'image d'Epinal de la tournerie jurassienne ! Confirmation à la boutique du musée : le service à thé signé Nathalie Lété est fabriqué en Chine. Peint à la main par des fillettes aux doigts agiles, peut-être ? Nous n'en saurons pas plus.

Pour conclure, cette exposition constitue sans conteste une jolie rétrospective pour les amateurs de jouets anciens et de jouets Vilac plus particulièrement. Toutefois, au-delà des défauts évoqués précédemment (sexisme et opacité), nous avons regretté le manque d'informations et de mise en perspective. Nous aurions apprécié de connaître la chaine de décisions qui conduit à modifier le jouet grenouille par exemple ; nous aurions aussi aimé que les artistes qui ont créé des jouets pour Vilac nous expliquent leur démarche. Plaisir des yeux, mais un peu de frustration quand même, donc ...